La cloche de l'imposante église retentissait pour annoncer la fin d'après midi. Les feuilles mortes s'amoncelaient sur le trottoir où elle avançait, imperturbable malgré la morsure du vent.
Elle était la seule âme déambulant de cette rue, guettant les rayons du soleil s'enfuir au rythme de ces pas... Il ferait bientôt nuit, se serait bientôt le moment. Un mince sourire s'échappa de ces lèvres lorsqu'elle réajusta son bandeau avant de se faufiler dans une ruelle sombre. Une silhouette masculine apparut quelque mètres devant elle, elle se figea. Toujours imperturbable, comme si elle s'attendait a cette rencontre pourtant fortuite.
- Je sais... laissa échapper la silhouette. Je sais tout...
- Et je suppose que tu vas tenter de m'arrêter, dit elle. Et bien ? Pourquoi ne t'es tu pas encore jeté sur moi ? Serait ce l'odeur de la peur que je sens ?
La silhouette ne répondit pas, elle disparut emportant avec elle les derniers rayons du soleil. La jeune femme ne chercha pas a la poursuivre, elle savait qu'il n'était pas utile de s'en donner la peine, que "ça" reviendrait vers elle quoi qu'il en coute. Elle suivit le chemin que lui offrait la ruelle et s'engouffra dans un petit bâtiment a l'aspect vieillot, monta quelques escaliers avant de frapper a une porte.
"J'entendis alors le fracas de ma s½ur d'âme. Je me leva de ma chaise en jetant négligemment mon verre sur la table avant de lui ouvrir. Comme a son habitude elle me transperça de son regard clair, je ne dis mot et la laissa entrer.
10 ans. Une décénie que j'étais devenu des leurs, un peu moins pour que l'on craigne mon nom sur l'ile et quelques mois a peine qu'elle s'était joint a nous. Et il suffit d'un regard pour que nous nous rapprochions plus que nous ne l'aurions du. Mais ce soir là n'était pas propice a nos ébats... Et même s'il l'avait été je sais que je n'aurais rien obtenu d'elle en ces lieux, elle n'était pas une de ces femmes faciles que l'on couche dans son lit avant deux mois. Non cette femme, il fallait la mériter et je me demandais bien souvent pourquoi elle m'avait choisit. Qu'avais je que les autres n'ont pas ? Le son de sa voix m'extirpa de mes pensées. Elle me raconta comment elle avait rencontré nos compagnons de fortune aux abords de la ville, qu'ils étaient prêts et attendraient notre signal afin de commencer... la fête. Et une heure plus tard nous pûmes allumer la torche qui servirait de départ à la course silencieuse que se lanceraient nos acolytes.
Nous étions deux, puis trois et enfin cinq lorsque nos deux derniers compagnons franchirent le seuil de la porte de notre "planque".
Les douze coups de minuit retentirent et nous nous retrouvions aux portes du palais du Gouverneur avant même que l'église de la ville ne fasse retentir son dernier glas. Ma compagne brisa une fenêtre avant de s'y infiltrer, nous ouvrant ainsi le chemin. A l'intérieur, un sentiment de dégout m'envahit, j'étais éc½uré de constater que certaines personnes savaient vivre dans un tel luxe en sachant que la population crevait de faim... Cela conforta ma main lorsque je m'emparais des précieux trésors de la ville.
Au petit matin ceux qui seraient mes bourreaux auront une belle surprise... Et tout les autres chanterons a ma gloire. Et a celle de mes frères, a la gloire des pirates !"